Causes premières

Tout effet a une cause. Si l’on veut supprimer l’effet, il faut supprimer la cause. Si l’on ne connaît pas la cause, ou s’il n’est pas possible de la supprimer, on ne peut agir que sur l’effet, de manière à l’atténuer. Mais on est alors réduit à de simples palliatifs, et la situation n’est pas fondamentalement résolue. Si les circonstances s’y prêtent, la même cause pourra réactiver un même effet, et les moyens palliatifs risquent d’avoir leurs propres effets pervers.

L’écologie n’échappe pas à cette règle. Sans remonter aux causes premières de l’impasse actuelle, on ne résout pas fondamentalement le problème. On ne peut que freiner le processus, et encore. Les mesures palliatives visant à minimiser les dommages à l’environnement risquent d’être systématiquement dépassées par l’indifférence, l’impatience, l’oubli, les accidents, la multiplication des exigences consuméristes, etc. Avec le développement économique du Tiers Monde, et l’expansion démographique prévisible, la planète pourrait être irrécupérable avant que les changements nécessaires n’aient pu être mis en œuvre.

D’autant plus que les mesures pro-écologiques vont le plus souvent contre les intérêts personnels, de sorte qu’elles se heurtent à des forces d’inertie colossales, impliquant des milliards d’individus. Si l’on veut enrayer la mécanique, il est essentiel de connaître les causes psychologiques qui ont engendré la situation actuelle et qui nous en rendent tributaires.

L’humanité semble être la première espèce dominante portée à détruire son propre biotope. Tout se passe comme si les lois d’harmonie, résultantes directes des lois de l’évolution (ou des lois divines pour les créationnistes), étaient inéluctablement mises à mal par l’homme. Adam, gardien présumé du jardin d’Éden, s’en est fait le premier déprédateur…

Seulement voilà : les origines de cette situation ne sont pas simples. Il y a les causes immédiates, l’inconscience des industriels et du public, les intérêts économiques, la publicité débridée, l’insuffisance de la législation. Il y a aussi des causes plus profondes : l’avidité, l’égocentrisme, la peur de l’effort, la difficulté de prévoir les effets pervers d’une invention. Mais on peut remonter la chaîne de causalité plus haut encore.

Par exemple, les écologistes critiquent la priorité donnée aux intérêts économiques au détriment de la planète et accusent volontiers l’égoïsme général. Ceci sous-entend que l’égoïsme serait un défaut constitutionnel entachant la nature humaine et devrait être combattu par un discours moralisateur. L’écogénétique humaine entend dépasser ce genre de stéréotypes, qui ont largement fait preuve de leur inefficacité. Elle pose la question cruciale des origines profondes de l’égoïsme tel qu’il règne dans notre société : quels sont les facteurs susceptibles d’inscrire un ego démesuré dans nos structures psychiques ?

Il s’agit dès lors d’entreprendre une recherche d’ordre psychologique ou psychanalytique sur les origines psychodynamiques d’une hypertrophie de l’ego, et sur ses conséquences en termes de comportements anti-écologiques. Voire sur l’origine environnementale de ce type de structuration (sachant que l’environnement comprend aussi bien le milieu physique que le milieu psychologique et social).

La démarche n’empêche pas de prendre dans l’immédiat toutes les mesures concrètes visant à limiter les dommages écologiques. Mais elle met l’homme au centre de son analyse, et s’interroge sur les racines encore obscures des dysfonctionnements psychiques, même dans les cas où ces derniers sont considérés comme normaux parce qu’habituels. Elle en vient du même coup à décrire ce que serait le fonctionnement naturel du psychisme.

En résumé, le but ultime de l’écogénétique humaine se définit comme étant la recherche des causes profondes des désordres écologiques au niveau des fonctions et dysfonctionnements du psychisme humain et de leurs origines spécifiques.