De l’épigénétique

La génétique, au sens de l’ensemble des gènes, ne détermine pas tout. il est très vite apparu que des mécanismes complexes comme la méthylation peuvent activer ou inactiver certains gènes, de manière à réguler les caractéristiques anatomiques ou fonctionnelles qu’ils sont censés déterminer. Certains de ces mécanismes sont induits par l’environnement et transmissibles, de sorte que les caractéristiques innées peuvent s’adapter à des changements d’environnement sans modification des gènes eux-mêmes. L’étude de ces mécanismes est l’objet de l’épigénétique.

C’est à Conrad Waddington (1905-1975) qu’on attribue le terme « épigénétique » (1942), désignant « la branche de la biologie qui étudie les relations de cause à effet entre les gènes et leurs produits, faisant apparaître le phénotype.

Pour citer Peter Becker (Professeur de biologie moléculaire, Munich, Allemagne) : « …les mécanismes d’adaptation de l’individu ou de l’espèce à des modifications de l’environnement ne se fait pas seulement par des mutations dues au hasard, mais par l’action beaucoup plus rapide de mécanismes chargés de contrôler l’expression des gènes. (…) l’épigénétique ressemble un peu à la façon dont on organise ses papiers à la maison?: on garde à portée de la main ceux que l’on utilise régulièrement, mais on range les vieux bulletins scolaires dans des boîtes que l’on met au grenier. (…)?L’image que l’on se faisait des capacités d’adaptation au siècle passé est désuète, ce qui peut donner à espérer que l’adaptation de l’organisme humain et de tous les acteurs de l’équilibre écologique aux artéfacts introduits par l’homme soit plus facilement réalisable. »

Toutefois, les mécanismes épigénétiques sont eux-mêmes limités. Face à toute modification de l’environnement ou du mode de vie, la question reste de savoir si elle dépasse ou non les limites d’adaptabilité des espèces concernées. Le moyen le plus sûr de trancher est évidemment l’observation empirique.

Ce sont là en soi des lapalissades. L’originalité de l’écogénétique humaine est de se demander à propos des modifications imposées par la civilisation au mode de vie et à l’environnement, si elles résultent du fonctionnement naturel du psychisme humain, ou de dysfonctionnements induits par certains facteurs accidentels ou culturels, qu’elle tente de mettre en lumière.