Occultation

Il est utile, bien souvent, d’occulter un échec, une peur, une menace, une méchanceté, afin de mieux réussir une action délicate. Le tireur d’élite, pour atteindre sa cible, doit occulter le choc que lui renverra son arme, voire l’homicide qu’il est en train de commettre.

Cette fonction psychologique permet de neutraliser les entraves qui pourraient nous faire trembler, nous refermer sur nous-mêmes, abandonner la lutte. L’enfant dont la mère est psychopathe se développe mieux lorsqu’il jette le voile sur ses actes délirants. De même, le mari d’une femme névrotique s’en sort bien souvent en occultant les crises de nerfs de son épouse.

Comme toute fonction psychologique, l’occultation peut aussi être utilisée à de mauvaises fins. Notamment en matière d’environnement : l’occultation des dommages entraînés par les différents artéfacts qui nous ont conduits au bord de la catastrophe, nous a permis de poursuivre un développement dont nous aurions pu savoir depuis longtemps qu’il nous menait droit dans le mur. De même dans les pays en cours de développement, l’occultation freine la prise de conscience pourtant urgente des dégâts irréversibles que risque d’entraîner la répétition de nos erreurs passées.

C’est partout l’occultation des conséquences néfastes de nos inventions et de notre consommation effrénée qui nous permet de continuer sur la même lancée, quitte à faire de temps à autres un « geste pour la planète ». Avec l’explosion démographique, ces gestes ne suffiront pas à enrayer le cercle vicieux. Ils nous servent trop souvent à nous donner bonne conscience pour continuer à fabriquer, polluer, et consommer en paix.

Un bel exemple d’occultation : l’achat de bons carbone, permettant aux industriels de polluer davantage sous prétexte que d’autres polluent moins…

Autre occultation majeure : le problème démographique. Nous savons, chiffres sous les yeux, que la population de la planète augmente trop par rapport à ce qu’elle pourra supporter. Nous savons aussi que c’est la famine, le manque d’eau et les autres souffrances guettant nos descendants et déjà certains de nos contemporains qui se chargeront de limiter la population mondiale. Nous savons même que cette prolifération fatale est en relation avec nos comportements sexuels, avec les progrès de la médecine, avec l’augmentation de l’espérance de vie, avec l’interdiction de l’avortement.

Mais nous préférons occulter tout cela et laisser le bateau suivre les courants marins sans regarder où sont les écueils et les icebergs, ni s’il y aurait moyen de donner un coup de barre pour redresser la trajectoire. Voilà qui rappelle singulièrement le drame du Titanic, survenu il y a tout juste un siècle…

Il est donc urgent de se demander quels sont les facteurs qui nous conduisent à utiliser notre faculté d’occultation dans des situations où il faudrait au contraire faire preuve de vigilance. Sinon, il nous restera bientôt assez de sable sur la planète pour y plonger la tête…